Ce que la maternité change vraiment quand on est biologiste.

Épisode de Le Point de Bascule | Biologie médicale par Romain BARBACHE · 4 août 2026 · 51 min

Sophie Viret dit une chose dans cet épisode que je n’ai pas su entendre la première fois. Il m’a fallu la réécouter au montage pour mesurer ce qu’elle contenait.

« Mes enfants me renforcent, mais c’est ma plus grande vulnérabilité aussi. »

Sophie est pharmacienne biologiste chez OuiLab, 36 ans, deux enfants en bas âge.

Sophie a changé de laboratoire alors qu’elle était enceinte.

Elle est arrivée dans une nouvelle équipe en sachant qu’elle repartirait quelques mois plus tard. Elle m’a dit qu’elle en avait presque eu honte.

C’est le genre de détail qui dit tout d’un métier.

Pharmacien biologiste, 36 ans, deux garçons. Un parcours qu’elle avait tracé assez tôt : l’hôpital, l’expertise, les titres.

Pour elle, réussir voulait dire ça. Et puis il y a eu le premier enfant, et quelque chose s’est déplacé qu’elle n’avait pas anticipé.

Pas ses compétences.

Elle est très claire là-dessus : elle n’a jamais douté d’aimer son métier, jamais eu un matin sans envie d’y aller.

Ce qui a bougé, c’est autre chose.

Elle appelle ça un conflit de priorités.

Moi j’y ai entendu une fissure dans l’histoire qu’elle se racontait sur elle-même.

Pendant l’épisode, je lui ai parlé d’ambivalence maternelle.

Le terme vient de la psychanalyse, il a trente ans, et il désigne quelque chose de très simple : on peut aimer profondément ses enfants et porter en même temps le poids de ce qu’ils rendent impossible.

Sophie n’a pas hésité une seconde.Elle a répondu que oui, évidemment, que ça décrit sa vie quotidienne.

Et elle a ajouté ceci, que je trouve juste :

le dire ne fait pas de nous de moins bonnes mères, plutôt des femmes plus libres.

Il y a aussi une histoire de temps dans cet épisode. Une carrière, ça s’accumule. Chaque année ajoute quelque chose. L’enfance, non.

Ce qui n’est pas vécu maintenant ne se rattrape pas.

Sophie le formule mieux que moi :

les opportunités professionnelles, elles reviennent ou pas, on ne sait pas. Ses enfants à trois ans, elle ne les reverra jamais.

On a fini par parler du milieu.

De cette culture de la disponibilité totale qui existe partout en biologie médicale et qui juge l’engagement au nombre d’heures passées au labo.

Sophie refuse cette équation :

travailler de 8h à 18h ne fait pas de vous une mauvaise biologiste, et rentrer tôt ne fait pas de vous une mauvaise mère.

Vers la fin, elle a lâché une phrase que je n’ai pas oubliée. Que sa génération veut travailler comme leurs grands-pères et élever leurs enfants comme leurs grands-mères.

Qu’il n’existe pas de troisième modèle, et qu’il faut faire avec.

L'épisode dure cinquante minutes. Si vous connaissez une jeune biologiste qui se pose ces questions en silence, envoyez-le lui.

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À propos du podcast

On entend le bruit de la biologie médicale : baisses de nomenclature, regroupements, financiarisation. On entend rarement ceux qui la vivent. LPB raconte le moment où le métier déborde, celui où il faut décider, transmettre, ou devenir autre chose. isomere.substack.com

Le Point de Bascule | Biologie médicale

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