SOUS TERRE, PUIS DANS LE CIEL, deux façons de faire voyager un tube de sang

Épisode de Le Point de Bascule | Biologie médicale par Romain BARBACHE · 22 septembre 2026 · 54 min

Un tube de sang ne vaut rien tant qu’il n’est pas arrivé.

Dans un laboratoire, on parle beaucoup des automates, des délais, de la qualité. Beaucoup moins du trajet.

Pourtant c’est souvent lui qui décide du temps de rendu : l’heure de passage du coursier, la route départementale, l’attente devant la porte des urgences.

Antoine Prigent y pense depuis des années. Biologiste, il dirige les laboratoires Cerballiance Normandie Ouest.

Cerballiance, c’est le réseau de biologie de ville du groupe Cerba HealthCare, près de 600 sites en France. Mais Antoine travaille à une autre échelle : une 20e de sites, une structure régionale où l’on se connaît, où une idée peut commencer autour d’une machine à café avant de remonter au siège.

Et à cette échelle, il a tenté deux réponses que tout oppose.

La première passe sous terre. En 2020, il tombe sur un reportage consacré à un réseau oublié : des tubes installés sous Paris au XIXe siècle, qui ont transporté du courrier à l’air comprimé pendant plus de cent ans. Il se dit qu’on pourrait y faire circuler des prélèvements. Il creuse, contacte des fournisseurs, fait chiffrer, monte un business plan. Le projet plaît. Et il s’arrête, faute de pouvoir payer une étude de faisabilité dont personne ne connaissait l’issue.

La seconde passe par le ciel. Le drone, il l’avait déjà envisagé en 2020, trop tôt, face à des murs réglementaires. L’idée revient deux ans plus tard au détour d’une rencontre avec un start-upper normand. Aujourd’hui, une ligne relie chaque jour un hôpital et un laboratoire, en vol autonome, supervisée depuis Rouen

Une idée a échoué, l’autre vole.

Et Antoine parle des deux avec le même plaisir.

C’est ça qui m’a arrêté. On raconte l’innovation par ses réussites, comme si elle était une suite de victoires. Lui la raconte comme une pratique : on essaie, on laisse de côté, on reprend. « On n’abandonne jamais une idée, c’est trop triste. On la laisse. » Celle du drone attendait dans un carton.

Dans cet épisode, on parle de comment une idée prend vie, du rôle du hasard et des rencontres, de ce qu’il faut dire à un interne qui a une idée en tête et n’ose pas la formuler.

Et de ceux qui disent ne pas avoir le temps d’innover.

Antoine a une réponse pour eux. Elle ne va pas plaire à tout le monde.

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On entend le bruit de la biologie médicale : baisses de nomenclature, regroupements, financiarisation. On entend rarement ceux qui la vivent. LPB raconte le moment où le métier déborde, celui où il faut décider, transmettre, ou devenir autre chose. isomere.substack.com

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