À la Une : Kabila sort du bois

Épisode de Revue de presse Afrique par RFI · 13 octobre 2026 · 4 min

« De la rébellion au pouvoir, puis du pouvoir à la rébellion », s’exclame le site congolais Beto. « L’ancien président de la République, Joseph Kabila revient au premier plan sous la bannière d’un mouvement politico-militaire » : le FRN, le Front pour la refondation de la Nation, et ce « aux côtés de dirigeants de l’AFC/M23 », la rébellion de l’est.

Kabila patron de la rébellion, ça n’est pas une surprise, relève Beto : « Les (premières) accusations de Félix Tshisekedi contre Joseph Kabila remontent à août 2024. Dans un entretien accordé à Top Congo depuis Bruxelles, le président congolais avait accusé son prédécesseur de préparer une insurrection après avoir boycotté le processus électoral de 2023. Il lui attribuait alors un rôle central dans l’Alliance fleuve Congo : “l’AFC, c’est bien lui“, affirmait-il. Début 2025, à Munich, Tshisekedi avait renouvelé ses accusations, présentant Kabila comme le commanditaire d’une opposition armée ayant, selon lui, fomenté avec le Rwanda une entreprise contre la République. »

En tout cas, pointe encore Beto, « ce retour à la rébellion renvoie aussi aux origines du parcours de Joseph Kabila. En 1996, il avait rejoint l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (l’AFDL), menée par son père Laurent-Désiré Kabila contre le régime de Mobutu. Il s’était notamment vu confier la direction des opérations sur l’axe Kisangani. Près de trente ans plus tard, il retrouve le terrain politico-militaire, cette fois à la tête de sa propre structure. »

La « congolisation » de la rébellion…

« Loin d’être une surprise pour les observateurs, ce changement d’étiquette était documenté, relève également Le Journal de Kinshasa. Dans son rapport final de juin dernier, le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC alertait déjà sur une possible restructuration de l’AFC/M23 avec changement de nom et une montée en puissance de Joseph Kabila à des fonctions de premier plan. Les experts notaient également un enjeu stratégique, note encore Le Journal de Kinshasa : mettre en avant une figure congolaise comme Kabila permettait de présenter la rébellion comme un problème interne congolais et d’occulter le rôle du Rwanda, accusé par l’ONU et les occidentaux de soutenir le M23. Le Rwanda qui a toujours nié sa responsabilité. »

Justement, pointe Afrikarabia, site spécialisé sur la RDC, « la question est maintenant de savoir ce que Kigali compte faire de cette situation inédite. Faute d’alternative, le Rwanda s’est résolu à laisser faire Joseph Kabila, même si les objectifs des rebelles d’aller jusqu’à Kinshasa pour prendre le pouvoir sont loin d’être ceux de Kigali, échaudée par les expériences passées. L’entrée de Kabila dans la danse permet surtout au turbulent voisin de minimiser son implication dans le conflit pour faire de la nouvelle rébellion un mouvement congolais répondant à des problèmes congolais. Et terminer la “congolisation“ de la rébellion. Le Rwanda espère ainsi desserrer l’étau des sanctions internationales. »

Les élections ou la kalachnikov…

Afrikarabia note encore que « le Front pour la Refondation de la Nation constitue le énième avatar d’un cycle de rébellions qui semble sans fin. Après l’AFDL à la fin des années 90, se sont succédé le RCD, le CNDP, le M23 première version, puis le M23 deuxième version en 2022. Aujourd’hui, c’est donc un ancien président qui reprend le chemin des armes au Congo, validant encore une fois l’adage qu’il n’y a que deux façons de prendre le pouvoir à Kinshasa : en tripatouillant les élections ou en prenant la kalachnikov. »

Hier, lors de la conférence de presse à Goma annonçant la création du Front pour la refondation de la Nation, Joseph Kabila ne s’est pas directement exprimé. Il l’avait fait vendredi dernier lors d’une allocution télévisé de 20 minutes. 20 minutes au cours desquelles, « l’ancien président a déroulé ses griefs contre le pouvoir de Tshisekedi, rapporte Le Point Afrique. Sans jamais nommer son successeur, il avait brossé un portrait à charge du régime actuel. “Le Congo n’est plus une République, encore moins une démocratie“, avait-il lancé, mais “une dictature“. (…) Quelques heures plus tard, note encore Le Point Afrique, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, avait répliqué en qualifiant Joseph Kabila d’“homme du passé“ qui “n’a rien d’autre à offrir que le chaos“, le décrivant comme un “nostalgique de méthodes antidémocratiques“ et un “auteur de crimes connus“. »

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Catherine Potet. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font…

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