À la Une: le prédicateur kenyan Paul Mackenzie reconnu coupable de 191 meurtres

Épisode de Revue de presse Afrique par RFI · 20 octobre 2026 · 4 min

Le Daily Nation à Nairobi nous raconte comment cet ancien vendeur ambulant, puis chauffeur de taxi, en est arrivé à devenir un véritable gourou prédisant la fin du monde, entraînant ses disciples dans une spirale mortifère infernale.

Une histoire terrifiante racontée également par The Star : il y a trois ans et demi, relate le quotidien kenyan, « plus de 400 corps étaient découverts dans des tombes peu profondes dans la forêt de Shakahola, où Mackenzie avait amené ses disciples venus de tout le pays. Le pasteur avait fondé la secte Good News International Church en 2003. Au cours des 16 années suivantes, poursuit The Star, le mouvement avait gagné en popularité et attiré des milliers de fidèles dans ses différentes branches à travers le Kenya. Son église gérait une chaîne de télévision, Times TV, qui diffusait ses sermons depuis son église de Malindi. Des sermons sur la fin du monde qui incluaient des théories du complot décrivant l’éducation comme "maléfique", les soins de santé comme "contraires à la doctrine" et les cartes d’identité numériques comme "la marque du diable". En 2019, Paul Mackenzie et ses fidèles s’étaient repliés dans la forêt de Shakahola. C’est là, pointe le quotidien kenyan, qu’il avait instauré le jeûne forcé : Mackenzie avait dit à ses disciples que quiconque résistait à l’ordre de jeûner devait être forcé d’aller au paradis à coups de pied et de coups de poing. Les enterrements pratiqués dans la forêt où la secte était implantée étaient appelés "mariages". Ceux qui mouraient "étaient célébrés comme ayant épousé Jésus" ».

Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté plus tôt ?

« Ce jeûne était imposé par étapes et commençait par les enfants, précise Afrik.com. Des proches de victimes ont décrit un plan en trois temps : les enfants d’abord, puis les femmes et les jeunes hommes, et enfin les hommes restants. Mackenzie assurait qu’il partirait le dernier. (…) Des enfants ont été ainsi isolés et privés de nourriture, parfois sous les yeux de leurs parents, tandis que des gardes surveillaient les déplacements et empêchaient les fidèles de s’enfuir ou de chercher des soins ».

Hier, donc, rapporte Afrik.com, « trois ans et demi après la découverte des premiers corps dans la forêt de Shakahola, la justice kényane a rendu un verdict très attendu : Paul Mackenzie, fondateur de la Good News International Church, et 28 coaccusés, ont été reconnus coupables du meurtre de 190 enfants et d’un adulte. La justice kényane a rejeté l’argument de la défense selon lequel les victimes auraient jeûné de leur plein gré ».

Et le site panafricain de s’interroger : « pourquoi les autorités n’ont-elles pas arrêté Mackenzie plus tôt ? Il avait été interpellé à plusieurs reprises dès 2017 pour radicalisation ; en 2019, l’Autorité des communications avait retiré la licence de sa chaîne Times TV, qui diffusait ses sermons ; et en mars 2023, après la mort de deux enfants, privés de nourriture à Shakahola, Mackenzie a été arrêté puis relâché contre une caution. Trois semaines plus tard, la police découvrait les premiers survivants agonisants dans la forêt. (…) Le scandale avait conduit le président William Ruto à présenter des excuses publiques en mai 2023, reconnaissant le laxisme de son gouvernement dans cette affaire ».

Des vies auraient pu être sauvées…

« Comment expliquer qu’en dépit de ses prêches basés sur une doctrine apocalyptique l’État kényan ait laissé faire jusqu’à ces hécatombes ? », s’interroge également le quotidien Aujourd’hui à Ouagadougou. « Comment ne pas avoir vu dans ce culte funeste et lucratif, car les biens des défunts revenaient à la secte, un succédané africain du Temple du peuple, dont les fidèles s’étaient suicidés en masse, ou encore de l’Ordre du Temple solaire ? Comment peut-on expliquer que parfois même des ingénieurs, donc des intellectuels à l’esprit cartésien, soient tombés dans ce dogmatisme mortel ? »

Enfin, note le New York Times, « au Kenya, ce pays profondément chrétien, l’affaire Shakahola a suscité une véritable introspection (…). Des vies auraient pu être sauvées si les avertissements des anciens membres de la secte avaient été pris en compte et si les forces de sécurité locales avaient été plus assidues. Juste avant le procès, la Commission nationale kényane des droits de l’homme, organisation d’État, avait qualifié le bilan des autorités dans cette affaire de "déplorable" ».

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Catherine Potet. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font…

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