Portrait de la jeune fille en feu : Etre vue, pour apprendre à se voir

Épisode de Equi/Libre - L'espace où la santé mentale rencontre nos réalités sociales par Equilibre therapie · 1 juin 2026 · 31 min

Il y a des films qu'on repose, et qui continuent à travailler en nous sans qu'on leur ait rien demandé.

Portrait de la jeune fille en feu, je l'ai vu en 2019. J'en suis sortie avec quelque chose dans le corps que j'ai mis des semaines à nommer. Pas une émotion claire, pas un concept — quelque chose de plus physique que ça. Comme si le film avait mis le doigt sur une question que je me posais depuis longtemps dans mon cabinet sans avoir su la formuler.

Cette question, c'est celle-ci : qu'est-ce qu'on fait, psychiquement, quand on regarde quelqu'un ?

Parce que regarder n'est pas un acte neutre. Ça construit ou ça détruit. Ça rencontre ou ça capture. Et dans mon travail, je vois tous les jours ce que certains regards ont laissé derrière eux — dans les corps, dans les façons de prendre de la place, dans la difficulté à se sentir réelle.

Ce que Sciamma fabrique dans ce film, c'est exactement ce qu'on essaie de construire en thérapie : un regard qui voit sans saisir. Un regard qui n'évalue pas — qui rencontre. La scène où Héloïse retourne le regard vers Marianne et lui dit "si vous me regardez, qui vous regarde, vous ?" — je ne peux pas l'entendre autrement qu'en clinicienne.

Dans cet épisode, on traverse le film à travers trois concepts cliniques qui m'importent profondément : la self-objectification et ce qu'elle produit sur les femmes lesbiennes et bisexuelles quand leur désir n'a jamais existé dans aucun miroir culturel ; la co-régulation par le regard, et ce que ça veut dire d'être vraiment vue ; et l'homonégativité intériorisée — ce que des décennies de personnages lesbiens punis au cinéma ont construit dans les psychés, et ce que Sciamma refuse en laissant Héloïse vivante.

On parle aussi du walkout des Césars 2020. Parce que la cohérence entre une œuvre et une position publique, ce n'est pas un détail — c'est la condition pour que l'œuvre tienne.

Qu'est ce que vous avez pensé de ce film? Venez m'en parler sur Instagram! @equilibre.therapie.paris

Sources :

Fredrickson, B. L., & Roberts, T. A. (1997). Objectification theory. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173–206.

Feldman Barrett, L. (2017). How Emotions Are Made. Houghton Mifflin Harcourt. [trad. fr. Odile Jacob, 2020]

Winnicott, D. W. (1971). Playing and Reality. Tavistock. [trad. fr. Gallimard, 1975]

Neff, K. (2011). Self-Compassion. William Morrow. [trad. fr. Belfond, 2013]

Strauss, P. et al. (2020). Mental health of transgender, non-binary and gender diverse people. JAMA Pediatrics.

Autostraddle / Riese. (2016). Bury Your Gays. autostraddle.com

Mulvey, L. (1975). Visual pleasure and narrative cinema. Screen, 16(3).

Sciamma, C. Entretiens : Little White Lies, Télérama, Libération, 2019–2020.

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À propos du podcast

Oubliez la psychologie de comptoir qui vous dit de "juste penser positif". Dans Equi/libre, on regarde la santé mentale à travers le prisme de la société, de l'intersectionnalité et de la pop culture. Animé par Ramona Bonvicini, psychopraticienne située, ce podcast est un espace féministe, queer…

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