Blessure familiale
Épisode de FouQuiDit poésie Podcast par FouQuiDit poésie thérapie · 24 mai 2026 · 34 min
poème FouQuiDit thérapie: Ma famille douce comme la camomille
La douceur peut faire mal, l’habileté de la parole peut rendre folle. L’articulation, les analyses et l’expertise peuvent faire que tu dégringoles. C’est une guerre mentale où celui qui perd devient problématique. La logique est tellement logique qu’elle devient illogique. Les Advils font partie de la routine pour soulager cette surcharge mentale. Tout devient flou, je perds mon sens d’être. Je deviens quelqu’un de bête.
Mes limites seront délimitées par cette autorité qui dit connaître la vérité. Mes pensées et comment je suis seront pendant longtemps délimitées par cette autorité. On ne peut pas la contrarier ni la confronter. Si tu la confrontes, une série de dialogues articulés avec des termes élaborés vont essayer de t’amadouer et te rendre confuse jusqu’à reprendre le contrôle de la situation. Ce contrôle qui m’a étouffée et qui me criait à l’oreille de s’enfuir à l’horizon.
Car dans cette maison qui est bien grande et accueillante, elle me rend méfiante. Comme les asiles où le terrain est vaste et magnifique. De grands espaces verts, mais difficile de s’en échapper, ce qui fait perdre son aspect magique. On est à Shutter Island. Tu te convaincs de savoir qui tu es. Tu te convaincs que tes émotions, tu les connais. Tu te convaincs que tu sais qui tu es. Mais cette langue articulée, pleine d’expertise, te dit que tu es quelqu’un d’autre qui ne concorde pas avec ta réalité.
Un conflit entre deux réalités opposées s’installe. Cette confusion crée une interférence dans la télévision qui ne capte plus ton signal. La télé griche et le monde devient noir et gris. Je me sens aigrie. Je perds mes repères et cette maison grande et accueillante est maintenant mon signal. Comme à l’asile, nous sommes logés, nourris et écoutés. Mais cette écoute a une particularité: cette écoute est là pour nous corriger et nous ramener à la réalité. Elle nous guide en écoutant et observant notre comportement en toute bonne volonté, pour nous diagnostiquer.
On ne m’a jamais insultée ni frappée. Tout est resté professionnel, sans agressivité. Mais on m’a diagnostiquée. J’ai plusieurs diagnostics comorbides. Lorsque j’oublie une demande ou que je ne devine pas ce que je dois faire, je suis égoïste et je n’aime pas l’autre. Lorsque je ne pense pas assez à ce dont l’autre a besoin spontanément, je suis encore dans les critères diagnostiques de l’égoïste. Lorsque mon avis diffère de la réalité de cette maison, je suis diagnostiquée d’un trouble d’opposition ou d’un trouble de l’autorité. Je suis prise au piège.
Les émotions négatives s’accumuleront et feront un effet boule de neige. Mes défauts me donneront un diagnostic général qui pèsera sur mes épaules, devenant honte. J’ai honte d’être imparfaite. J’ai honte de ne pas me sentir comme je le devrais et j’ai honte d’avoir des émotions intenses. Car dès que je réagis, c’est fini. Dès que j’exprime une différence, je suis finie. On me diminue jusqu’à ce que j’abandonne l’idée provenant de moi et que j’accepte le diagnostic enfin, espérant me permettre de partir et gagner la paix. C’est ma façon de fuir.
Ma détresse est un symptôme de maladie mentale. On me conseille une tisane de camomille et de me rappeler à quel point je suis chanceuse d’être dans cette belle maison qui préserve ma santé mentale. Cette tisane qui me réchauffe le cœur me fait oublier le chaos insidieux. Cette expertise me donne confiance et m’a rassurée. Plus le temps passe, la tisane devient froide, puis tiède. Elle n’arrive plus à réchauffer ce cœur, tellement il est chaud de colère. Ma personne n’est pas respectée, mes limites dépassées, je suis dans la misère.
Ma méfiance a grandi et prend toute la place. Je recherche la validité, la proximité, puis je m’enfuis de peur que mes maladies mentales soient dévoilées et qu’on me dise que je dois être incarnée. Je préfère être dans le flou que de risquer de savoir que je dois être incarnée. Malgré ma peur des diagnostics, j’ai la conclusion d’avoir un complexe d’infériorité. Mais selon les experts, ce n’est pas une peur d’être rabaissée ou méprisée, ou rejetée, ou invalidée par mon manque d’expertise, mais bien de la jalousie. Je souffre d’une envie d’être comme les experts. Selon les experts en la matière.
L’argument principal ? Être diplômé dans un domaine surspécialisé en santé mentale. C’est pourquoi ils ont raison sur mes émotions et que ce n’est pas sauter à des conclusions, ni de la projection.
Bon, hahaha, ce fameux poème, c’est comme l’origine de mes blessures.
C’est la fameuse dynamique avec les parents, ceux avec qui on a grandi. Je tiens à dire que toute situation est grise : je faisais ressortir ma perception des choses, ma propre vérité sur ce que je n’aimais pas, ce qui me critiquait ou ce qui m’a blessée. Sachez que ça va là, on s’aime et tout, mais il y a des tensions et des problèmes parce qu’on est humains.
Mon problème, avant, c’est que je n’arrivais pas à les identifier, ces problématiques. En partie parce qu’ils jouent bien leur jeu de bon samaritain et qu’il est plus difficile de voir les attaques. Mes blessures ont donc été engourdies, si on veut, et c’est à ce moment-là que je me suis réveillée, en arrêtant de boire leur camomille (leur salade).
Mon but, en fait, c’est de parler des blessures qui font aussi mal qu’une insulte ou un coup, mais qui sont insidieuses et cachées. Ma difficulté, c’est que j’étais la seule à me plaindre et à crier les problèmes. Il était difficile d’en parler, car c’était élaboré et intellectuel. Donc, en vrai, j’espère juste que ça va valider certains d’entre vous qui ont été dans une dynamique similaire, pour que vous sachiez que vous n’êtes pas fous, que votre réalité est tout aussi réelle et qu’elle est valide. Bon, c’est sûr que si vous croyez être un sofa, là, franchement, je ne peux rien faire pour vous. Mais je crois que vous comprenez le contexte et la nuance de la validation.
La « camomille » comme anesthésie sociale
Comme je l’ai dit plus haut, la violence n’était pas directe (ni insultes ni coups) et ne laissait la plupart du temps pas de traces, excepté mes pleurs et mes cris. Je la décris comme de la camomille, censée apaiser, mais qui est ici toxique. La « douceur » et la « bonne volonté » sont leurs armes, ou plutôt leur bouclier. Ils t’accueillent avec l’abondance : une maison, du confort, une oreille attentive, mais cette écoute sert à t’endormir. Elle sert à pointer tes vulnérabilités comme des symptômes, elle sert à t’endormir pour que ton individualité se conforme au système établi. Je n’avais pas un parent qui me disait juste : « Tu n’as pas raison, je suis ton parent ». Ils utilisaient plutôt leur rôle de bon thérapeute, un vocabulaire soigné dont il est difficile de percevoir la violence derrière les mots qui sortent si doucement. Tout cela pour m’enlever le droit de souffrir (m’endormir à la camomille), car je devais m’estimer chanceuse et reconnaissante de tout le bien qu’ils me faisaient.
J’en ai déjà un peu parlé, mais l’expertise peut être une arme dangereuse si elle est mal utilisée. L’articulation et l’habileté de la parole m’amenaient à être troublée et à me remettre en question constamment. Mes limites ou mes besoins étaient minimisés, et on voyait mes émotions (colère ou tristesse) comme des symptômes. C’est une prison émotionnelle où chaque mot peut être retenu contre toi dans ton « dossier médical familial ». Je ne crois pas qu’ils faisaient cela consciemment ; je crois simplement que leur métier leur permettait d’intellectualiser et de contre-attaquer en force, hahahah, et tout cela dans la subtilité, surtout face à un jeune enfant.
La métaphore de Shutter Island
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À propos du podcast
FouQuiDit poésie Crue. Sans filtre. Non linéaire. Qui dit tout pour guérir fouquidit.substack.com
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