Une histoire d'amour qui nous empoisonne tranquillement
Épisode de FouQuiDit poésie Podcast par FouQuiDit poésie thérapie · 3 janvier 2026 · 29 min
Ce texte est crue et brue (moi je suis déjà folle donc ça va, je suis habituée, je gère) mais si vous avez envie d’en parler avec moi après ou juste déverser votre coeur ça me fera plaisir de vous lire en privé ou commentaires.
Je t'écris cette lettre,
À toi, qui me traitais d'analpha-bête.
Je voulais te dire merci pour cette leçon,
Mais je ne te pardonnerai jamais pour les comportements attachés à cette leçon.
Bien que cette lettre s’adresse à mon ex-partenaire, mon intention n’est pas de lui transmettre, mais de la brûler. C’est un acte symbolique pour marquer la fin d’un cycle et m’assurer que cette histoire ne se répète plus.
Le jeu de mots “analpha-bête” symbolise la manière dont mon ex-partenaire me remettait constamment en question, me faisant douter de mon intelligence et de ma capacité à m’exprimer ou à comprendre.
Tu avais un don unique de faire ressortir le pire de moi.
Un monstre grandissait en moi.
Ce monstre a toujours existé,
Mais il restait caché.
J'arrivais même à l'oublier.
Mais toi, tu t'assurais de le nourrir et de le faire grandir.
Il prenait tellement de place que je n'arrivais plus à différencier le monstre et moi.
Ce monstre était maîtrisé par la honte.
Ce monstre était hideux, j'en avais honte.
Mais en brisant les chaînes qui le maîtrisaient,
Je n'avais pas le choix de le voir si près.
Ce monstre que je méprisais et détestais.
Dans ces vers, j’explore la notion de l’« ombre » — cette partie de nous que nous cachons par honte ou par peur. Ici, je réalise que l’autre n’a pas créé ce monstre, mais qu’il a agi comme un catalyseur, le nourrissant jusqu’à ce qu’il envahisse tout mon espace intérieur.
L’emprise de cette relation a brouillé les pistes : la confusion était telle que je ne savais plus où s’arrêtait ma propre identité et où commençait cette noirceur alimentée par la maltraitance. Briser les chaînes de la honte fut un acte violent mais nécessaire : c’était la seule façon de regarder ce monstre en face, d’arrêter de le mépriser, et de reprendre le pouvoir sur ma propre réalité.
Je te dis merci, car j'ai réussi à le regarder en face.
Je ne pouvais plus fuir dans la victimisation.
Lorsque je fuyais, tu me pointais un doigt de trahison.
J'ai su plus tard que ce n'était pas une trahison,
Mais un manque de responsabilisation.
Tu connaissais toutes mes faiblesses
Et au lieu de me donner des caresses,
Il fallait que tu me blesses.
Je te disais toujours que cet amour était dur,
Mais que j'avais besoin de frapper un mur.
Malgré la douleur et les malheurs,
Un apprentissage a fait mon cœur.
Cacher ce monstre ne me protégeait pas.
Le rendre malnutri et faible ne me protégeait pas.
En le maltraitant, il s'est attaqué à moi.
En le maltraitant, il s'est rebellé contre moi.
Dans ce passage, le « merci » marque le passage de la survie à la conscience. Je réalise que le jeu de l’autre reposait sur un double évitement : il utilisait le mot «trahison » pour fuir ses propres actes, tandis que je restais figée dans la victimisation. Le point de bascule ici est la responsabilisation mutuelle. J’ai compris que l’autre ne prenait pas ses responsabilités, mais que de mon côté, je me perdais dans la culpabilité au lieu de me responsabiliser face à ma propre sécurité émotionnelle.
L’apprentissage est brutal mais vital : cacher ou affamer mon « monstre » ne m’a jamais protégée. En me maltraitant moi-même pour correspondre à ses attentes, j’ai forcé ma part d’ombre à se rebeller pour survivre, ce qui l’a poussée à s’attaquer à mon propre être. Frapper ce « mur » m’a permis de comprendre qu’on ne guérit pas en se sentant coupable, mais en prenant la responsabilité de soigner ses propres parts blessées, plutôt que de les laisser entre les mains de quelqu’un qui cherche à les blesser.
Il a pris mon corps, j'ai perdu le contrôle.
Mais dans cette perte de contrôle,
J'ai pu le confronter.
Tu ne peux plus le cacher,
Il fait partie de ta réalité.
Tu dois l'accepter et le consoler.
Tu n'es pas un monstre, mais il est ce qui t'a blessée dans le passé. T'en occuper est ta responsabilité.
Tu as accepté quelqu'un qui te blesse au lieu de te donner des caresses,
Parce que tu as blessé ton monstre au lieu de le consoler.
Cette partie du poème décrit le moment de rupture nécessaire. La « perte de contrôle » n’est plus vue comme un échec, mais comme une confrontation inévitable : c’est le moment où le refoulé explose pour enfin être exposé à la lumière. Ici, mon « monstre » change de nature. Il n’est plus une entité hideuse à combattre, mais la manifestation de blessures passées qui hurlent et appellent à l’aide.
Le cœur de l’apprentissage réside dans ce lien de cause à effet : j’ai toléré la maltraitance extérieure (par mon ex) parce que j’exerçais une maltraitance intérieure sur mes propres zones d’ombre. En refusant de consoler ma part blessée, j’ai laissé la porte ouverte à quelqu’un qui allait l’attaquer davantage. La responsabilité n’est plus un poids, mais un acte de soin (le selfcare) : accepter que ce “monstre” fait partie de ma réalité me permet enfin de passer de la honte à la consolation, et de l’emprise à l’autonomie.
Il en a juste profité.
Car le nourrir et te faire souffrir,
Lui permettait d'intimider
Le monstre en lui qui le fait souffrir.
Lui permettant de l'oublier.
Lui permettant de le cacher de la réalité.
Tu me pointais du doigt me disant que le monstre, c'était moi.
Que la victime, c'était toi.
J'ai su plus tard que ce n'était pas moi,
Mais qu'il faisait partie de moi et que l'agresseur,
C'était toi.
Dans cet extrait, la perspective change pour se poser sur l’autre et démasquer son mécanisme de défense. On y voit une technique de projection classique : l’autre nourrit mon « monstre » pour ne pas avoir à affronter le sien. En me faisant souffrir et en me désignant comme le monstre, il créait une diversion qui lui permettait d’intimider ses propres blessures et de fuir sa réalité intérieure (sa propre ombre).
Le renversement final est une libération identitaire. En refusant de porter l’étiquette de « monstre » que l’autre m’imposait, je redéfinit les rôles avec clarté. Ce n’est pas parce qu’une part d’ombre fait partie de moi que l’on est l’agresseur. En distinguant « faire partie de moi » et « être l’agresseur », je dénonce l’inversion de la culpabilité (le victim-blaming) : celui qui pointe du doigt la part blessée de l’autre pour cacher sa propre violence est celui qui porte, en réalité, la responsabilité de l’agression.
En résumé, mon ex-partenaire me transférait le rôle de l’agresseur et s’appropriait le rôle de la victime. Il utilisait ma propre culpabilité et ma honte comme une distraction, en pointant mon ombre cachée pour fuir toute responsabilité et ainsi éviter de regarder sa propre ombre.
Sur ce, je te dis merci.
Merci de l'avoir nourri.
Je grandis avec lui, plus contre lui.
Par contre, je ne te pardonnerai pas sur la façon dont tu l'as nourri.
Je suis contente que ce soit fini.
Et qu'on ne se croisera plus jamais de la vie.
C'était une épreuve qui laissera des traces.
Sans me briser, je reste tenace.
Ces derniers vers marquent l’étape finale: l’intégration. Le «merci» n’est plus une politesse, mais le constat que l’épreuve a forcé une rencontre inévitable avec moi-même. En disant « Je grandis avec lui, plus contre lui », j’annonce la fin de ma guerre intérieure. Le monstre n’est plus un ennemi à abattre, mais une partie de moi à intégrer pour devenir entière.
C’est ici que je dessine une frontière saine et ferme. Je distingue l’apprentissage (le résultat) du traumatisme (la méthode). Si le résultat est une croissance, la méthode de l’autre — la maltraitance — reste impardonnable. La fin du poème n’est pas une réconciliation avec l’agresseur, mais une libération définitive : le refus du pardon devient un acte de respect envers moi-même. La trace laissée par l’épreuve n’est pas une cicatrice de faiblesse, mais une preuve de ténacité. Je sors de cette histoire non pas brisée, mais renforcée par une vérité qu’on ne pourra plus jamais m’enlever.
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À propos du podcast
FouQuiDit poésie Crue. Sans filtre. Non linéaire. Qui dit tout pour guérir fouquidit.substack.com
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