«Bientôt le jour» de Julie Bertin, planches à destins
Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 10 octobre 2026 · 20 min
Qu’est-ce qui nous pousse à changer de vie ? Écrite à partir de témoignages récoltés en France et à l’étranger, une pièce de théâtre chorale et plurilingue fait surgir les instants de bascule.
Ils sont sept, hommes et femmes qui, tour à tour, assis sur des chaises en avant-scène, viennent livrer au public ce qui les a poussés un jour à transformer le cours de leur vie. Instinct de survie, besoin de respirer, aspiration à être soi-même, appel de l’amour ou de la liberté… Quelles qu’en soient les raisons, les personnages viennent partager au public l’acte fondateur qui les a fait entrer dans une nouvelle vie. Ce « soulèvement » pour reprendre le mot du philosophe français Georges Didi-Huberman dont l’essai Désir désobéir : ce qui nous soulève a inspiré le travail de Julie Bertin.
Parole documentaire et fiction
Le spectacle - conçu, écrit et mise en scène par la cofondatrice de la compagnie Le Birgit Ensemble- mêle parole documentaire et fiction. D’emblée, elle qui explique sa démarche en voix off : le recueil de témoignages pour « cerner ce moment où le corps se soulève » pour « s’arracher à sa vie », mais aussi la liberté pour l’autrice de reprendre ou non ce qui lui a été raconté, et d’imaginer le reste.
Rencontre métissée par les cultures et les langues
À partir de ce matériau collecté dans sept pays et dans sept langues (camerounais, hindi, anglais, allemand, espagnol, italien et français), Julie Bertin tisse sept récits de vie qui, en s’entrecroisant, dessinent un monde d’espoirs et de possibles à la portée de tous. On passe ainsi d’une histoire à l’autre pour mieux y revenir, en deux heures d’une rencontre métissée par les cultures et les langues : plus le spectacle avance, plus les langues maternelles (avec surtitrage) s’ébrouent librement sur le plateau du théâtre. Sans nuire le moins du monde au naturel et à la justesse des incarnations.
Dimension dramatique, poétique et universelle
L’Autrichienne Monika (Caroline Arrouas) coupe les ponts avec son mari infidèle, l’Indienne M. (Fareen Aslam) se débarrasse du poids des traditions pour s’installer à Rome et épouser son grand amour, le Camerounais Amadou (Heza Botto) prend conscience et dénonce les errements écologiques qui accompagnent l’exploitation forestière dans son pays, l’Espagnol Eduardo (Robin Causse) lâche la boutique familiale pour vivre son homosexualité, l’Américaine Anastasia (Loïc Riewer) renie la foi de ses parents et quitte son église évangélique, l’Italienne Roberta (Gaia Singer) retrouve son oxygène en s’exilant au Nigeria… Quant au Français Maxime (Morgane Nairaud), il fugue du Centre Éducatif Fermé pour aller voir la mer. Autant de personnages qui, un jour, pour des raisons différentes, soudainement ou plus progressivement, ont osé prendre leur destin en main. Pour le meilleur.
La scénographie de James Brandily - un mur mordoré, des lumières rougeoyantes et un sol recouvert de terre dans lequel les personnages puisent des objets décisifs pour leur nouvelle vie - et le travail chorégraphique réalisé avec Lucía García Pullés donnent aux différents parcours intimes et personnels une dimension dramatique, poétique et universelle.
Bientôt le jour, de Julie Bertin / Le Birgit Ensemble, jusqu’au 11 octobre au Théâtre Gérard Philipe-CDN de Saint-Denis, et du 15 au 17 octobre 2026 à la MAC-Créteil.
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À propos du podcast
Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…
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