«L’enfance des ruines» de Pascal Rabaté, danse au bord de l’abîme

Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 3 octobre 2026 · 20 min

Une fresque historique et sociale dans l’Allemagne du début des années 30, sur fond de montée du nazisme et de l’antisémitisme.

Sur la première planche de l’album, c’est la fête. Sur le sol d’un cabaret berlinois, piétinant des journaux datés de l’année 1932, des danseurs élégants s’en donnent à cœur joie. Sur la dernière planche, c’est au cœur d’une autre nuit berlinoise qu’un dirigeable déverse une pluie de tracts frappés de croix gammées. Entre les deux, Pascal Rabaté met en scène -à hauteur d’hommes et de femmes-, le terrible engrenage vers l’abîme.

Tout en contrastes

Même dualité et même opposition entre le dos de l’album et la couverture : le premier montre les personnages chutant inexorablement du haut d’un immeuble vers une mort certaine ; la seconde montre des jeunes gens qui s’amusent, sans prendre garde à la faille qui s’élargit sous leurs pieds. Tout en contrastes – y compris dans les couleurs-, c’est cette fissure qu’explore L’enfance des ruines.

Insouciant noceur et antisémite viscéral

Folker Kuntz, le personnage principal, travaille dans une agence publicitaire florissante. Insouciant noceur, séducteur sûr de lui et optimiste bon teint, sa vie va être bouleversée lorsqu’il sauve la vie de Rudy Ganz, jeune homme flamboyant à l’apparence sympathique, mais qui se révèle être un nazi convaincu et un antisémite viscéral.

Société à deux vitesses

D’une séquence à l’autre, l’album nous entraîne dans les très chics soirées privées du NSDAP et dans les rues mal famées de la capitale allemande où prostituées et mendiants font la manche, parfois rejoint par des mutilés et autres « gueules cassées », anciens combattants de la première guerre mondiale, qui ont l’impression d’avoir été abandonnés à leur sort. Émerge une société à deux vitesses, où la bourgeoisie parade tandis que la misère s’étale au grand jour.

Zoo humain

On rencontre aussi Ingrid, la sœur de Folker, artiste-peintre de son état, féministe et en ménage avec Lincoln, un trompettiste afro-américain qui a fui un autre racisme : la ségrégation qui sévit en Amérique. Il va se retrouver nez à nez avec un Kanak exhibé comme un animal de foire dans un véritable « zoo humain ». Il y a aussi ses deux voisins. Ada, une belle jeune femme dont Folker tombe éperdument amoureux, et qui gagne sa vie en s’effeuillant dans les cabarets érotiques. Et Hans, un écrivain-philosophe qui a du mal à joindre les deux bouts, intellectuel édenté qui dort sous les toits. Toute une galerie de personnages souvent attachants qui se révèlent la plupart du temps beaucoup plus complexes qu’ils en ont l’air.

L’enfance des ruines, Pascal Rabaté (Rue de Sèvres).

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À propos du podcast

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…

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