«Chercher la bête» de Loulou Robert, et faire surgir la fleur dans le sang

Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 20 septembre 2026 · 24 min

Entre intensité organique et poésie onirique, la dystopie de Loulou Robert interroge notre humanité face à l’ensauvagement.

Au début du récit, la France bascule : « L’autre conne » vient d’être élue, et s’installe à l’Elysée. La romancière ne cite pas de nom, mais précise juste que la nouvelle présidente de la République aime les chats… « L’autre conne », c’est comme cela que l’appelle Elle. Elle, c’est l’une des voix que Loulou Robert nous fait entendre dans ce roman qui étonne, choque, violente mais aussi éblouit et émerveille d’un chapitre à l’autre.

Elle et Lui, deux voix singulières

Elle, c’est la voix de la colère, de la rage. Celle d’une jeune coiffeuse d’un petit village de province, qui n’a jamais vu la mer, qui ne supporte plus les ragots ni les conversations de ses clientes, et qui cherche un peu d’oxygène dans cet étouffoir. Une fille qui en a bavé, et on le sent dans chacune de ses phrases sans ponctuation qui résonne comme des uppercuts. Son pendant masculin, Lui, porte aussi une voix singulière : celle d’un jeune homme bipolaire obsédé par la souffrance animale. Lui vit entre ses cachets, sa mère et sa chienne, et dont les peintures laissent deviner des monstres cachés.

Abattoirs géants et virus

Mais le plus monstrueux n’est pas niché dans une peinture, mais au plus profond de l’être humain. Celui qui est capable de construire ces nouveaux abattoirs géants où l’on élève, on engraisse et on tue les bêtes, avant de les transformer en viande. Celui qui sans même s’en rendre compte est capable de tuer son prochain, comme cette fillette qui étouffe son camarade de jeu dans le bac à sable, à quelques pas des mamans qui n’y prennent garde. Et ce n’est que le début : le sang coule à flots, une vague de tueries déferle sur le pays : les bas instincts se libèrent, les gens vont jusqu’à s’entredévorer. Les scientifiques pointent un virus lié à la viande produite par ces nouveaux abattoirs. « La guerre est née dans les ventres. Comme un enfant. Entre les poumons, les tripes, dans le sang, jusqu’à devenir la bête », écrit l’écrivaine.

Mettre de la beauté sur l’horreur

Comment survivre, comment rester humain dans ce monde en capilotade où sévit la barbarie ? Peut-être en s’évadant dans les rêves, en plongeant dans la forêt, en entrant en osmose avec les animaux et avec la nature, et comme l’écrit Loulou Robert « trouver la feuille blanche. Mettre de la beauté sur l’horreur ». C’est ce que fait la romancière qui fait surgir d’inattendus moments de beauté et de poésie au milieu du chaos. Comme une fleur au milieu du fumier.

Chercher la bête, Loulou Robert (Éditions de l’Observatoire).

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À propos du podcast

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…

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