«La méthode» de David Djaïz, l’hygiène du pire

Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 11 octobre 2026 · 20 min

Un premier roman saisissant qui raconte une histoire vraie : un vaste projet d’extermination canine au début du XXè siècle, qui porte en lui les gênes des génocides à venir.

Normalien, énarque et diplômé en philosophie politique, David Djaïz s’est fait connaître à travers plusieurs essais. Si La méthode est son premier roman, force est de constater que le récit, inspiré par un événement peu connu de l’Histoire du XXè siècle, résonne comme une mise en garde et pose bien des questions.

Vétérinaire et microbiologiste nourri au lait des Lumières

Au cœur de l’intrigue, un scientifique français qui a réellement existé : Paul Remlinger, vétérinaire et microbiologiste nourri au lait des Lumières scientifiques du laboratoire de Louis Pasteur en personne ! Six ans après la découverte du vaccin contre la rage, le sous-fifre qui a côtoyé le maître et ses apôtres -qui ne lui accordaient qu’une attention toute relative- s’installe sur les bords du Bosphore. Mission : monter et diriger l’Institut antirabique de Constantinople.

Plan d’extermination des chiens errants

En 1910, les autorités ottomanes, soucieuses d’assainir la ville et de se rapprocher des standards occidentaux d’hygiène publique, lui proposent de mettre au point un plan d’extermination des chiens errants qui pullulent -on en dénombrait plus de cent mille-. Malgré ses doutes éthiques, et avec la complicité d’un homme d’affaires belge peu scrupuleux -nommé De Meesmaeker, comme le personnage de Gaston Lagaffe-, Paul Remlinger va petit à petit mettre au point une méthode basée non pas sur les traditionnels poisons, mais sur le gaz « plus propre, plus silencieux ». Peu à peu, les barrières morales tombent, car l’efficacité et la logistique l’emportent. « Sont-ils encore des hommes, ceux-là qui appellent « cabane » une chambre où le gaz apprend à tuer sans faire de bruit ? » interroge l’écrivain.

L’horreur peut prendre plusieurs visages

La méthode retenue par les autorités ottomanes ne sera finalement pas celle-là. Celle qui sera appliquée n’en sera pas moins inhumaine, en témoigne le dernier chapitre du roman, signe que l’horreur peut prendre plusieurs visages. Néanmoins, si cet épisode véridique annonçait peu ou prou les génocides du siècle ? Celui des Arméniens en 1915 -dont le principal organisateur, Talaat Pacha, était le ministre de l’Intérieur de l’Empire ottoman- est expressément cité dans l’épilogue ; ce n’est pas le cas de la « solution finale » adoptée par le Troisième Reich contre les Juifs européens, mais nombre de lecteurs y penseront forcément. D’autant que David Djaïz introduit dans son récit un ami allemand de Remlinger, cadre au sein du géant allemand de la chimie BASF, qui deviendra un des piliers du conglomérat IG Farben, qui fournira le sinistre Zyklon B.

La méthode, David Djaïz (Stock).

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