«Sikkim Stories», lignes de crête entre Inde et Chine

Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 18 octobre 2026 · 20 min

L’album de Simon Lamouret et Pema Wangchuk Dorjee croise trois destins qui racontent les enjeux de cette belle et rude terre himalayenne, enclavée et convoitée.

Connaissez-vous le Sikkim ? C’est cet État du nord-est de l’Inde, aux confins du Bhoutan, du Tibet et du Népal, que raconte ce nouvel livre de Simon Lamouret, son troisième album indien après Bangalore et L’Alcazar, également disponibles chez Sarbacane. Cette fois, l’ouvrage est cosigné par Pema Wangchuk Dorjee, journaliste sikkimais rencontré au cours d’une résidence d’auteur à Gangtok. C’est dans cette ville, la capitale régionale, que se déroule l’essentiel de l’action de Sikkim Stories.

Récit choral

C’est dans le cadre grandiose des montagnes himalayennes que les deux auteurs ont tissé un récit choral qui permet aux lecteurs de découvrir de nombreuses facettes de ce territoire enclavé et en partie militarisé, du fait de la proximité du Tibet. À travers l’arrivée de Jaspreet, un jeune soldat indien franchement ingénu, cette dimension géopolitique est évoquée dans le récit, qui s’intéresse aussi à beaucoup d’autres dimensions, notamment à travers les deux autres personnages principaux : Sangay, un vieux Drokpa éleveur de yacks, très attaché au mode de vie ancestral, qui se bat pour la survie d’un troupeau dont le cheptel fond comme neige au soleil ; et Pema, professeure de botanique à New Delhi qui retourne à Gangtok pour régler la succession de son père, et qui va devoir affronter la jungle bureaucratique et apprivoiser une société dont elle a parfois du mal à accepter les codes, qu’il s’agisse de l’accès à la propriété des terres, ou des inégalités entre les femmes et les hommes.

Puissance du dessin

La puissance du dessin de Simon Lamouret explose à chaque planche, à travers un spectre chromatique resserré autour de deux couleurs – le bleu et le jaune – et une texture inspirée de la risographie (technique d’impression mécanique d’origine japonaise) qui donne un grain très particulier aux images. On retrouve également le souci du détail de l’artiste lorsqu’il dessine les véhicules, les bâtiments et les décors, même s’il explique avoir volontairement choisi un stylo à la mine un peu plus épaisse que d’habitude, afin de réfréner ses ardeurs. Ce qui ne l’empêche pas d’offrir aux lecteurs quelques grandes cases de paysages qui invitent à la contemplation, comme celles de ce lac d’altitude dont les eaux calmes vont déferler sur la vallée, suite à une crue soudaine due aux violents orages de mousson. Coïncidence saisissante : l’album est paru le 2 septembre 2026, quatre jours après l’effondrement partiel et meurtrier du glacier tibétain de Langtang Lirung. Comme pour rappeler que si elle est belle, la montagne reste dangereuse, et plus encore avec le dérèglement climatique.

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À propos du podcast

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…

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