«Le septième siffleur» de Colin Niel, nature humaine en plein chant

Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 4 octobre 2026 · 20 min

Un roman choral qui questionne notre rapport à un double héritage : celui de la filiation, et celui de la biodiversité.

Connaissez-vous le cri du courlis cendré ? Impossible de ne pas l’entendre en découvrant l’écriture sensorielle que Colin Niel déploie dans Le septième siffleur. Cet oiseau limicole, petit échassier au bec courbé vers le bas, est un trait d’union entre les principaux personnages et entre les trois lieux où se déroulent le roman.

Trois lieux unis par le courlis cendré

Dans les Highlands écossais, Fiona et son mari éleveur de moutons sont confrontés aux difficultés de leur exploitation agricole et à la maladie incurable qui rendra aveugle leur fils adolescent dont la vue décline déjà. L’arrivée de Bonnie, une Anglaise militante de l’agroenvironnement et de la protection des oiseaux, va mettre leur couple à rude épreuve jusqu’à provoquer une magnifique épiphanie.

Dans la baie de Somme, estuaire manchois et protégé du littoral français, Willy espère transmettre à son fils Kylian la passion des gibiers d’eau que lui a transmise son beau-père Laurent. Une tradition qui se perd, et qui est menacée par les contraintes réglementaires de plus en plus strictes destinées à préserver les espèces en danger d’extinction. Problème : Kylian, 7 ans, est devenu « anti-chasse », sous l’influence du père d’un de ses camarades d’école.

Plus au sud, sur la Merja Zerga, lagune marocaine où les passionnés affluent pour photographier les oiseaux migrateurs, Ali et son fils Hamza gagnent leur vie en accompagnant touristes et ornithologues. Mais comme les oiseaux, Hamza rêve lui aussi de voler vers d’autres cieux, ce qui ne rentre pas dans les plans de son père.

Migration, filiation, rapport au vivant et à la terre

Migration, filiation, transmission, rapport au vivant et à la terre… Sur une année, de septembre à août, l’auteur mêle ces fils narratifs avec une grande habileté et une réjouissante légèreté. Colin Niel tisse un grand roman sur notre façon de regarder et d’habiter un monde en plein bouleversement écologique. La nature est partout, belle et fragile, mais suffisamment puissante pour se faufiler au cœur de personnages attachants car profondément humains, et éveiller des émotions simples et vraies. Tout en soulevant -sans les trancher de manière manichéenne - bien des questions contemporaines : comment adapter les pratiques des agriculteurs aux défis écologiques sans mettre en péril leur survie ? Y a-t-il de la place pour une chasse éthique et régulatrice de la nature, ou les chasseurs sont-ils, au nom de la tradition, les fossoyeurs des espèces en danger ? Bref, comment faire cohabiter le plus harmonieusement possible l’Homme et la nature ? Peut-être en nous laissant porter par le sifflement du courlis cendré.

Le septième siffleur, Colin Niel (Seuil)

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À propos du podcast

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…

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