«À vau l’eau» au théâtre, faire entendre ce que «réfugié» veut dire
Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 11 juillet 2026 · 20 min
Au festival d’Avignon, la compagnie Pardès rimonim présente un texte de l’autrice syrienne Wejdan Nassif inspirée de son parcours et de celui de ses voisins, également exilés.
À vau l’eau est le second volet du diptyque « Chemin d’exil », présenté par la compagnie Pardès rimonim. Le premier, Après les ruines, créé à Avignon en 2024, mêlait fiction et fragments documentaires, jeux d’ombres et musique live. Si la mise en scène de ce nouveau spectacle -également signée Bertrand Sinapi- est plus sobre, elle n’en est pas moins originale : le scénographe Goury a imaginé une installation orchestrée autour de figurines. Elle fait peu à peu apparaître aux yeux du public une nouvelle carte des migrations. La comédienne -Amandine Truffy ou Christine Koetzel (en alternance) - dessine en direct, à même le sol, les pays d’origine ou de transit des différents personnages, et leurs trajectoires qui, toutes, convergent jusqu’au quartier de Borny.
Des voix et des accents
C’est dans cette cité populaire de Metz, en Lorraine, que Wejdan Nassif a posé ses valises. À vau l’eau raconte son parcours d’ancienne institutrice syrienne réfugiée en France, et ceux de ses voisins venus d’Afrique ou du Moyen-Orient : Marwan, le Palestinien né au Koweït, un temps réfugié en Syrie ; Khadija la Marocaine qui n’est pas devenue l’avocate qu’elle rêvait d’être ; Seif, le Soudanais du Darfour, Wassim l’ancien berger enrôlé par les talibans, ou Ablema, venue de Côte d’Ivoire et dont le rire communicatif est un véritable baume sur les plaies des habitants du quartier... Le spectacle fait entendre leurs voix et leurs accents, mais aussi les sons et les ambiances du quartier captés sur place et mis en musique par le compositeur électroacoustique Lionel Marchetti.
Courage, espoirs et questionnements
À l’issue de la représentation, on garde en tête les souffrances et les difficultés rencontrées par les différents protagonistes, souvent brinquebalés par les aléas de la géopolitique. Mais peut-être plus encore leur courage, leurs espoirs et leurs questionnements : peut-on -et faut-il- faire le deuil de sa terre d’origine ? Comment garder le contact avec les proches restés au pays ? Comment s’intégrer au mieux dans cette France pas toujours accueillante ? Comment rester fidèle à sa culture tout en apprenant la langue qui permettra cette intégration ? Que transmettre à ses enfants, et surtout comment leur assurer le meilleur avenir ?
« Tu es ici, mais tu es toujours là-bas ». Cette phrase écrite par Wejdan Nassif - et prononcée par la comédienne qui l’incarne au plateau- résume « ce que « réfugié » veut dire ».
À vau l’eau, au 11-Avignon jusqu’au 23 juillet 2026. Relâche les vendredis 10 et 17 juillet 2026.
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À propos du podcast
Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…
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