Clémence de Vimal et l’inceste au théâtre, planches de salut
Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 28 juin 2026 · 20 min
Dans un seule en scène émouvant et parfois drôle -si, si…- Clémence de Vimal raconte l’inceste et le combat pour la vérité, la justice et la résilience.
« Il n’est point de secret que le temps ne révèle », dit Narcisse dans Britannicus. En montant son spectacle, Clémence de Vimal avait en tête les mots de Racine. J’ai besoin d’air, c’est pour ça que je fume est le fruit d’une longue maturation personnelle et artistique, nourrie par le mouvement #MeToo, mais aussi par ses propres écrits, par exemple dans le secret du journal intime de l’adolescente qu’elle était. Vingt ans d’écrits qui ont servi de matériau de base à l’écriture du spectacle, de même que les pièces du dossier judiciaire, puisqu’elle a porté plainte contre son agresseur.
Pulsion vitale
Elisabeth, le personnage que le spectateur découvre sur le plateau, est donc le double théâtral de l’autrice, metteuse en scène et comédienne. Comme elle, elle a grandi au sein d’une famille nombreuse, pétrie de bons sentiments et de bonne éducation aristo-catholique, qui a coutume de se retrouver chaque année pour les vacances d’été, dans un château au bord de l’eau. C’est là que se produira l’événement qui aurait pu détruire sa vie, si elle n’était pas animée par cette pulsion vitale qui irradie le spectacle et qui accompagne son appétit de vérité et de justice aussi bien que sa volonté de témoigner, de sensibiliser et d’aider à la libération de la parole et à la résilience.
Apparence de conte de fées
J’ai besoin d’air, c’est pour ça que je fume est un seule en scène, mais à 16 voix, toutes interprétées et incarnées par Clémence de Vimal elle-même. Il suffit de changer de timbre, d’intonation, de débit et de posture, et la magie du théâtre opère, servie par les accessoires démesurés qui accompagnent la mise en scène. L’artiste dit s’être inspirée d’Alice au pays des merveilles pour donner au spectacle cette apparence de conte de fées qui rappelle l’enfance et le sentiment de « bizarre » qui sourd peu à peu dans la tête d’Elisabeth.
Le ton juste
Ce choix permet aussi aux spectateurs de prendre un peu de distance par rapport à l’âpreté du vécu du personnage. Le texte est aussi parsemé de traits d’humour et d’ironie qui font mouche et qui apportent des respirations bienvenues. On rit, on est ému parfois à en pleurer : à n’en point douter, Clémence de Vimal a su trouver le ton juste pour aborder sans faux-fuyant un sujet intime et difficile, lui donner une dimension universelle, et susciter chez les spectateurs émotions et réflexion. Tout en criant à la face du monde que la vie est belle, malgré tout.
J’ai besoin d’air, c’est pour ça que je fume, au Théâtre Transversal (Festival d’Avignon Off) jusqu’au 25 juillet 2026 à 10h45 (relâche le mercredi).
Autres épisodes de « L'art de raconter le monde »
- Au MuAM, la statue de la Liberté, c’est tout un chantier 25 octobre 2026
- «Demba» de Daniel Picouly, de Martinique au Dahomey, le crépuscule d’une Amazone et d’un roi 24 octobre 2026
- «Sikkim Stories», lignes de crête entre Inde et Chine 18 octobre 2026
- «Ne cherche pas le chaos» de Marion Brunet, comment exorciser les fantômes du Chili 17 octobre 2026
- «La méthode» de David Djaïz, l’hygiène du pire 11 octobre 2026
- «Bientôt le jour» de Julie Bertin, planches à destins 10 octobre 2026
- «Le septième siffleur» de Colin Niel, nature humaine en plein chant 4 octobre 2026
- «L’enfance des ruines» de Pascal Rabaté, danse au bord de l’abîme 3 octobre 2026
- Avec «Groenland, échos arctiques», Lauriane Miara ne laisse personne de glace 27 septembre 2026
- «Quatrevingt-treize» de Victor Hugo mis en scène par Marion Bierry, la justice et la pitié 26 septembre 2026
- «Chercher la bête» de Loulou Robert, et faire surgir la fleur dans le sang 20 septembre 2026
- «L’odyssée tragique du MC Ruby» ou l’assassinat de huit clandestins africains sur un cargo 19 septembre 2026
- «Le dessinateur de Drancy» d’Hervé Duphot, traits de mémoire 13 septembre 2026
- «L’Homme qui Tombe» de Philippe Lecaplain, la photo d’un monde qui bascule 12 septembre 2026
- Amandine Agić, apprivoiser l’héritage «D’un pays qui n’existe plus» 6 septembre 2026
À propos du podcast
Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…
Épisodes similaires
- Brigade nocturne d'Amiens : 12h dans l'ENFER des rues françaises – Culture française
- Le QR code – Scroll - série explorant les dessous de vos écrans
- E01.5 – Témoignages (mix) – Radio Campus Bordeaux
- L'affaire Robert Hendy-Freegard – Affaires sensibles
- Et si on en parlait - 23/10/2026 - Partie 2 – Et si on en parlait
- Sur les rails de l'histoire – Racines & Récits
Tous les épisodes de L'art de raconter le monde · Plus de podcasts Société