«L’âge de déplaire», entre Paris et Dakar les quatre vérités d’un Sénégalais de la diaspora
Épisode de L'art de raconter le monde par RFI · 30 août 2026 · 20 min
Le premier roman d’Abibou Diouf s’attaque au poids des traditions, du virilisme, du patriarcat et des non-dits au sein des familles sénégalaises.
« Ce matin, papa est mort. » Tel est l’incipit de L’âge de déplaire. On pense évidemment à celui de L’Étranger d’Albert Camus, « Aujourd’hui, maman est morte ». Osé, pour un premier roman ! Et puis on est obligé de reconnaître que cette audace ne s’arrête pas à la première ligne : tout au long du livre, le narrateur n’en manque pas, lorsqu’il prend à rebrousse-poil bon nombre de ses lecteurs sénégalais. D’autant plus que Fadel, son personnage, lui ressemble beaucoup : il est de la même génération, il vit à Paris, il travaille comme chasseur de têtes. De là à penser qu’il s’agit d’un ouvrage autobiographique, il y a un pas que l’on franchit sans trop d’hésitation.
Période de deuil et de questionnement
Au commencement donc, il y a un traumatisme : la mort du père. Fadel rentre au Sénégal et joue tant bien que mal son rôle aux funérailles du défunt. Commence alors la période de deuil et un long questionnement qui le conduit à revisiter son existence : son enfance de cadet de famille avec des parents aimants, son grand-frère Malick et sa sœur Racky ; sa découverte de la lecture et de la littérature ; son appétit de liberté ; sa décision de quitter le giron familial pour faire ses études en France où il trouve un emploi et une petite amie, Léna, également d’origine sénégalaise ; et le sentiment d’écartèlement qui est le sien depuis qu’il habite et travaille en France : à chaque fois qu’il retourne au pays, Malick et d’autres lui font sentir qu’il s’est « toubabisé », car disent-ils « l’Occident oxyde les Africains ».
Société qu’il considère comme étouffante
Séquencé en courts chapitres qui commencent tous par un proverbe africain, le récit d’Abibou Diouf résonne de ces critiques. Il met aussi en scène les déchirements intimes ressentis par Fadel, soucieux de ne pas décevoir sa mère tant aimée et d’être à la hauteur de ce que l’on attend de lui, mais pas au prix de l’émancipation qu’il a acquise. Pas facile d’être un homme libre dans une société qu’il considère comme étouffante, corsetée par les apparences, la religion, le patriarcat, le droit d’aînesse, les conventions sociales.
Livre dédié à son père
L’auteur a dédié son livre à son père – qui lui a « transmis le goût de la liberté » – mais aussi « aux cadets », leur souhaitant de trouver un espace vital « trop souvent pris ». Son modèle porte le même prénom que lui : « Fadel le Fou » – comme on l’a surnommé – est un artiste, peintre, sculpteur et poète. C’est aussi un marginal qui vit sur l’île de Ngor, un « turandoo » (« homonyme ») qui a osé défier l’ordre social. Une question d’audace, on vous disait.
L’âge de déplaire, Abibou Diouf (Albin Michel).
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À propos du podcast
Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des…
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